Salomon X-Alp S-Lab : le test


Légère et polyvalente, la chaussure X-Alp S-Lab est un OVNI dans le monde de l’alpinisme. Ce nouveau modèle Salomon disponible pour l’été 2015, s’inscrit dans le segment aux contours encore imprécis du « light and fast mountaineering ». Un produit en totale rupture avec la vision classique d’une chaussure d’alpinisme puisqu’il s’agit d’une tige basse dissimulée sous une mini-guêtre Gore-Tex, avec une semelle souple mais cramponnable. Le design est inspiré du modèle de trail hivernal Snowcross, lui-même issu du savoir faire de la marque dans le ski nordique.

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X-Alp S-Lab GTX

Comme tous les produits Salomon griffés « S-Lab », ce modèle est destiné à des initiés. En l’occurrence « des montagnards de 18 à 32 ans, pratiquant plusieurs sports outdoor, en quête de vitesse et fortement entraînés », explique la marque dans sa brochure. Sans être complètement dans la cible, nous avons quand même essayé cette chaussure en terrain varié.

Avec seulement 500 grammes à chaque pied, le pas est léger. On a l’impression de marcher avec une chaussure de trail ou de multi-activité. La semelle souple et le profil bas procurent une grande liberté de mouvement, tandis que l’amorti talon offre un réel confort, même sur le bitume au départ de la balade.

La semelle Contagrip -le label « maison » dont les gommes ont été très améliorées- offre une bonne accroche sur les sentiers grâce à un crantage prononcé. La X-Alp S-Lab permet d’aller grimper un bout de rocher. L’adhérence est correcte, mais ce n’est ni un chausson d’escalade, ni une chaussure pour gratonner, même si un bon grimpeur pourra la pousser jusqu’au 5.

>Roc et glace

Mais, là où l’on attend cette « basket d’alpinisme », c’est sur la glace. Comme il s’agit d’une semelle souple, seuls les crampons articulés et à lanière sont compatibles. Lanière que l’on sent sur le haut du cou de pied lorsque l’on serre fort, comme cela est recommandé en particulier sur un ensemble semelle-crampon articulé qui va forcément générer du jeu.

La X-Alp S-Lab est équipée d’une ingénieuse plaque en carbone, Edging Chassis, brevetée en 1979 par Georges Salomon pour une chaussure de ski de fond. Cette plaque permet à la chaussure de garder sa flexibilité longitudinale tout en offrant une rigidité latérale pour optimiser le cramponnage. Sur des grandes traversées en dévers ou descentes fortes, le cramponnage des dix pointes n’est pas pris en défaut. La liberté de la cheville est très appréciable dans ce genre d’exercice, à l’ancienne. La chaussure n’est évidemment pas conçue pour cramponner sur les pointes avant.

En revanche le confort trouve vite sa limite dans les moraines et pierriers, en particulier au niveau des malléoles insuffisamment protégées.

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X-Alp Pro GTX

 

>Une gamme complète

La Salomon X-Alp S-Lab fait bouger les lignes. Mais à qui s’adresse réellement cette Formule 1 des neiges au prix de 300 euros ? Ses concepteurs l’ont voulue comme une chaussure polyvalente pour aller de Chamonix au sommet du mont Blanc ou pour les petites courses peu techniques de neige ou d’arête. Pour le mont Blanc elle peut faire le job à la condition qu’il fasse très beau (elle est donnée pour -7° seulement) et que l’on soit rapide. Pour autant la marque la déconseille catégoriquement pour cet usage auprès des loueurs. «Ce n’est pas une chaussure à mettre aux pieds de tout le monde», souligne un secouriste du PGHM qui a contribué à son développement. Alors va-t-elle ouvrir la porte à une pratique de « fast and light walking » en terrain glaciaire ? Ou trouver d’autres usages ? Ainsi la S-Lab s’avère une bonne chaussure d’approche cramponnable pour accéder aux parois granitiques du massif du Mont-Blanc, par exemple, légères et faciles à mettre dans le sac une fois les chaussons d’escalade mis aux pieds.

Mais la clientèle visée, celle des « montagnards de 18 à 32 ans super entraînés, etc…», aurait certainement besoin d’un produit un peu plus pointu. On attend donc une X-Alp S-Lab 2, utilisable par exemple avec des crampons automatiques, même si cela doit être au détriment du déroulé. Tout en gardant cette liberté au niveau de la cheville (principe sur lequel Scarpa travaille également) qui est réclamée par les alpinistes adeptes du « light and fast ». Même si l’on s’éloigne en cela du positionnement premier de la gamme X-Alp destinée aux courses de neige et d’arête techniquement faciles.

X-Alp Mountain GTX

X-Alp Mountain GTX

Usage pour lequel a été conçue la X-Alp Pro GTX (260 euros), avec sa tige haute plus traditionnelle travaillée dans un cuir épais et rassurant. Un modèle qui a d’ailleurs la préférence du PGHM. Mieux située en prix, la X-Alp Mountain GTX (220 euros) devrait être le best seller de cette première collection.

X-Alp Approche

X-Alp Approche

Et enfin, à la base de la pyramide, deux chaussures basses d’approche. Un segment très dynamique du marché de l’outdoor sur lequel Salomon était absent et qui justifie à lui seul le retour de la marque dans l’alpinisme. Il reste cependant à affiner légèrement le design.

 

 

 

>X-Alp version textile

X-Lab Anorak

X-Alp Anorak

Cette chronique X-Alp ne serait pas complète si l’on ne parlait pas des vêtements et des sacs à dos. Côté veste de protection Gore-Tex, Salomon réintroduit la coupe anorak, à enfiler par la tête. Volonté de se différencier ? En tout cas ce n’est toujours pas pratique, même avec les deux zips latéraux. Un peu gimmick d’apparence, le système du panneau avant que l’on peut rouler devant soi pour ventiler est bien trouvé. Cela pourra être très utile aux photographes, par exemple, pour protéger leur boîtier des intempéries. A remarquer dans cette petite collection textile, la veste en duvet S-Lab à capuche, légère (400g) et extensible, ainsi que le pantalon stretch avec ses renforts en Dyneema résistant même aux coups de crampons.

Côté sac à dos, la marque présente un 20 litres astucieux, léger (560 g) et résistant (tissu triple ripstop et Dyneema). Un sac bien accessoirisé, pensé pour la montagne et le ski alpinisme. A noter, la boîte à crampons dans laquelle on peut aussi glisser une corde de trente mètres avec un trou en fond de sac qui permet de dérouler le métrage nécessaire si l’on a besoin de s’encorder rapidement. L’ouverture se fait par le dos, pour un accès facile au contenu. Une version de 40 litres pour le de ski de randonnée sera également disponible.

A lire dans La Lettre de novembre : « X-Alp, quand Salomon ravive la randonnée glaciaire »